Valorisation des écrits scientifiques dans le cadre de la science ouverte
La valorisation des écrits scientifiques fait partie de l’écriture scientifique : en effet, une thèse, un article ou un ouvrage n’existent pas sans les diverses opérations qui les font exister dans la communauté scientifique et au-delà : diffusion, publication, valorisation. La manière la plus efficace de valoriser son travail est de s’inscrire dans l’écosystème de la science ouverte. Mais de quelle manière ? Voici un petit guide qui propose quelques balises.
Construire son identité scientifique
Il s’agit d’exister dans les communautés scientifiques d’appartenance et pour cela il faut utiliser différentes ressources :
• d’abord configurer sa page personnelle sur le site de son université ou institution de rattachement, si elle le propose évidemment (ce qui est rarement le cas dans les universités africaines par exemple). Mais quand les pages personnelles sont prévues par les équipes de recherche (par exemple dans mon équipe ici les titulaires, et là les doctorants), ou les universités (à la Sorbonne nouvelle, on trouve les pages des enseignant·es-chercheur·es directement sur le site de l’université, comme ici, ou encore ici) c’est bien dommage de trouver des pages vides, alors que les outils sont mis à disposition, et qu’il n’y a plus qu’à remplir les rubriques. Quand les institutions ne prévoient pas ce type d’espace, on peut s’en constituer un, de manière assez simple, en ouvrant un site si on en a les compétences (mais les techniques sont de plus en plus conviviales et désormais on peut confier cette tâche à une intelligence artificielle, en allant par exemple ici) ou, encore plus simplement, un blog (sur wordpress par exemple, le modèle le plus simple fournit un espace de présentation de soi très efficace, comme le montre la réalisation de ce chercheur, qui est un modèle du genre), ou plus minimaliste encore, un site “one page”, c’est-à-dire une page simple où l’on peut inscrire sans cliquer l’ensemble des informations nécessaires (de nombreux outils existent).
• ensuite, en France, ouvrir un compte HAL (Hyper-Articles en ligne, plateforme institutionnelle de dépôt d’archives créée en 2001, proposée par le CCSD Centre pour la communication scientifique directe) et y élaborer son CV. Les fonctionnalités du service s’étant fortement enrichies ces dernières années, on peut arriver à un résultat complet sur le plan informatif et visuellement attractif.
• se doter d’un identifiant ORCID, unique et permanent. ORCID, qui veut dire “Open Researcher and Contributor ID”, est une organisation à but non lucratif soutenue par environ 1.500 institutions académiques, éditeurs et associations professionnelles à travers le monde, destinée à doter chaque chercheur d’un identifiant unique et pérenne permettant de centraliser et de connecter ses publications de manière cohérente. Le site est ouvert à tous les pays et, comme le CV Hal, le compte peut être configuré de manière plus ou moins complète (le mien n’est pas vraiment organisé pour le moment…).
• élaborer la signature de ses courriers électroniques : cela peut sembler anecdotique, mais l’ensemble de nos communications passant par cette voie, les courriers sont donc de bons outils de communication, par le biais de la signature. On peut y mentionner, outre ses coordonnées professionnelles, celles de sa page personnelle, de son blog ou site, mais aussi ses dernières publications, les projets auxquels on participe, etc.
S’inscrire dans une communauté de recherche
Valoriser ses productions scientifiques, c’est les faire circuler là où elles peuvent susciter de l’intérêt, c’est-à-dire principalement parmi les chercheur·es. Il est donc très utile de s’inscrire dans sa communauté scientifique. mais comment ?
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En ouvrant ou en contribuant à un carnet de recherche comme celui-ci, sur la plateforme Hypothèses, qui constitue désormais la référence du blogging scientifique en sciences humaines et sociales, en quatre langues (français, anglais, espagnol et allemand). Si l’on a déjà un blog, on peut demander à l’équipe d’Hypothèses de le transférer sur la plateforme. Les scientifiques ont également une plateforme dédiée, le C@fé des sciences. À quoi sert un blog de recherche ? à faire différentes choses qui valorisent l’activité scientifique : tester des hypothèses ou des idées, publier des informations, poser des questions, communiquer avec sa communauté, diffuser son travail, le résumer, le prolonger. Pour des réponses plus détaillées, on peut consulter ce diaporama par exemple ou ce billet très actuel parce qu’il tient compte d’une certaine obsolescence ou ringardise des blogs qui n’empêche en rien d’en tenir un et d’y écrire, ou encore, du même auteur, et pour les lecteur·trices les plus informé·es, ce très intéressant billet critique.
• en se dotant d’outils de recherche et d’archivage libres et partageables. Faire communauté, c’est aussi partager les valeurs de l’accès libre gratuit, en faisant le choix d’un navigateur en libre accès gratuit (Firefox de la fondation Mozilla, ou le réseau Tor, projet libre), de celui d’un logiciel de gestion de références ouvert comme Zotero (qui est aussi un réseau social permettant l’échange d’informations, de références et de ressources), et d’un logiciel de prise de notes et gestion de documents comme Joplin par exemple (version ouverte d’Evernote). Il existe des listes d’outils en accès ouvert correspondant aux outils habituels et version propriétaire.
• en construisant son réseau d’informations et d’échanges. Outre les éléments mentionnés ci-dessus, ce qu’on appelle à mon avis indûment les réseaux sociaux de chercheurs (Academia et Researchgate) constituent des moyens de diffusion et d’obtention d’informations, de contacts et de références. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit en fait d’entreprises privées et start-ups qui marchandisent la recherche financée par les fonds publics, comme le montre bien l’évolution d’Academia qui s’est tournée depuis plusieurs années vers un modèle à fonctionnalités payantes. Mais il s’agit d’alternatives pratiques aux pages personnelles pour les chercheur·es qui ne peuvent en disposer par leur université. Personnellement j’écarte ces réseaux, et j’ai pris modèle sur la solution adoptée par mon collègue sociolinguiste Malo Morvan, qui me semble exemplaire : “Pourquoi je ne suis (presque) plus sur Academia.edu®“.
S’inscrire dans le libre-accès gratuit
Le libre accès gratuit est un choix à la fois scientifique, écologique et politique, qui n’est pas forcément possible pour tout·es les chercheur·es (en particulier les jeunes chercheur·es peut-être davantage exposé·es aux contraintes institutionnelles), mais il est à mon avis le meilleur pour la qualité scientifique et éthique de la recherche. On peut :
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Réaliser l’auto-archivage de ses publications et productions (ce qu’on appelle le green open access ou voie verte) en utilisant le dépôt d’archives institutionnel HAL mentionné plus haut : il permet de diffuser gratuitement travaux et données diverses (fichier auteur ou PDF sous licence Creative Commons), de mettre à disposition ses productions avant la publication (preprints et postprints) et de favoriser les échanges et la transmission. Outre les publications classiques (ouvrages, articles, communications), HAL permet de déposer de nombreuses autres réalisations comme des cours, des cartes, des posters, des jeux de données, des vidéos, etc.
• Publier dans des revues en libre accès (accès immédiatement gratuit ou après quelques mois ou années) : l’accès libre peut être financé par les institutions, parfois les auteur·es qui paient des APC, Article Processing Charges, (c’est le gold open access ou la voie dorée) ; l’accès libre est gratuit pour le·a lecteur·trice et l’auteur·e, par des subventions, ou par l’adoption du modèle freemium (c’est la voie diamant, dont un des modèles est la plateforme Épisciences).
Ressources
Quelques ressources très riches pour comprendre et pratiquer l’écriture scientifique en accès ouvert :
- Coopist (Coopérer en information scientifique et technique), site internet sectoriel du Cirad : https://coop-ist.cirad.fr/
- Urfist (Unités Régionales de Formation à l’Information Scientifique et Technique) : https://urfistinfo.hypotheses.org/
- Publier mes articles en accès ouvert (page du CNRS) : https://www.science-ouverte.cnrs.fr/service/publier-en-acces-ouvert/
- Ouvrir la science. Site du comité pour la science ouverte du MENSR : https://www.ouvrirlascience.fr/accueil/
Crédits
- 1. Josh Hallette, “V”, 2006, compte de l’auteur sur Flickr, CC.BY.2.0
- 2. et 3. Mèmes trouvés sur https://imgflip.com/
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marie-Anne Paveau (14 janvier 2025). Valorisation des écrits scientifiques dans le cadre de la science ouverte. Docere. Consulté le 12 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13r20